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Portrait d'un entrepreneur : Maxime Bolduc

Avec Azimut, Maxime Bolduc développe une technologie avec une ambition claire : permettre aux personnes âgées de continuer à bouger avec plus de confiance, tout en réduisant les risques de blessures liées aux chutes.

À l’origine du projet, une expérience personnelle : la fracture de la hanche de sa grand-mère, survenue alors qu’il découvrait l’entrepreneuriat pendant ses études en génie mécanique. Quelques années plus tard, Azimut développe un vêtement capable de détecter une chute et de déployer un airbag autour des hanches.

Dans cette entrevue, Maxime revient sur le chemin parcouru depuis ses premiers pas en entrepreneuriat, mais aussi sur la réalité derrière le rôle de fondateur : la responsabilité, l’incertitude, l’importance de rester proche de ses utilisateurs et les apprentissages humains qui façonnent son parcours.

Faisons les présentations

Je m’appelle Maxime, mais mes amis m’appellent plutôt Max. J’ai fondé Azimut Médical parce que je voulais améliorer la vie des gens. Enfant, je voulais être ingénieur et j’étais fan de voitures. Mon plat préféré est un steak sur le barbecue et, si on se croise un dimanche, je serais probablement en train de travailler sur un projet personnel, comme concevoir une machine à espresso.

Parcours entrepreneurial

🎙️ Revenons un peu en arrière : c’était quoi ton parcours avant de te lancer ?

J’ai fait un bac en génie mécanique. À ma dernière session, j’ai suivi un cours d’entrepreneuriat qui m’a vraiment ouvert les yeux sur cette possibilité.

J’avais déjà fait plusieurs stages en industrie, notamment en aéronautique et en medtech, mais je n’avais pas nécessairement l’idée de me lancer en affaires. En parallèle, ma grand-mère s’est cassé la hanche, ce qui m’a donné une problématique très concrète à explorer pendant ce cours.

Par la suite, j’ai lancé l’entreprise et commencé une maîtrise en ingénierie, que j’ai terminée l’année dernière.

Est-ce que tu as toujours su que tu voulais entreprendre ?

Non. J’avais de la difficulté à fitter dans les moules classiques et je me demandais beaucoup quel genre de travail je voulais faire plus tard. Après mon cours d’entrepreneuriat, cette voie m’a semblé assez naturelle.

Mon grand-père était entrepreneur, donc ça a peut-être sauté une génération ! Mes deux parents sont banquiers et plutôt dans une logique de mitigation du risque. Moi, je suis parti complètement dans l’autre direction.

Quand est-ce que tu t'es dit : "Je suis prêt, je me lance" ?

Je terminais mon bac au moment où la COVID est arrivée. Il y avait déjà énormément d’incertitude et je me suis dit : pourquoi ne pas en ajouter une de plus ?

Dans ce contexte-là, entreprendre ne me semblait finalement pas tellement plus incertain que le reste. J’ai décidé de faire le saut et de voir où ça allait me mener.

Ça vient d'où le nom Azimut Médical ?

Il y a l’expression « tous azimuts », qui évoque toutes les directions, mais aussi une idée d’exploration.

Notre objectif, c’est de redonner aux gens leur liberté de mouvement et leur indépendance, d’enlever cette peur de tomber pour leur permettre de recommencer à explorer. Le nom vient de là.

Est-ce que tu es passé par un incubateur ? Qu'est-ce que ça t'a apporté ?

Oui. Notre projet s’est classé dans le top 3 de mon cours d’entrepreneuriat, ce qui nous donnait à l’époque une entrée en accélération au Centech. J’ai fait le programme en parallèle de ma dernière session de bac, puis j’ai poursuivi avec Propulsion et d’autres programmes.

Quand tu n’as aucune expérience en entrepreneuriat, ces programmes permettent d’apprendre énormément de choses rapidement. Mais à un moment donné, il faut se détacher de la théorie, entrer dans la vraie vie et adapter ses apprentissages à la réalité.

Quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné ?

Rester proche de ses clients.

Une entreprise, au final, c’est vendre un produit qui règle une problématique pour laquelle quelqu’un est prêt à payer. Tu peux avoir une excellente solution, mais si personne ne veut payer pour, tu n’as pas de business.

C’est parfois difficile à entendre, mais parler tôt à ses clients peut éviter de passer six mois à développer quelque chose dont ils ne veulent pas.

Et si tu devais donner un conseil à un entrepreneur ?

En affaires, il n’existe pas seulement deux ou trois façons de faire un deal. On peut être beaucoup plus créatif qu’on pense.

Si un élément bloque une entente, demande-toi pourquoi il doit absolument en faire partie. Il y a souvent une autre façon de structurer les choses pour arriver à une situation gagnant-gagnant.

Construire Azimut Médical

À quel moment ton idée est devenue tangible ?

Quand j’ai commencé à avoir des employés sous ma responsabilité, à déployer nos produits dans des projets pilotes et à avoir des organisations prêtes à payer pour les essayer.

Quand d’autres personnes commencent à dépendre de ce que tu construis, ça devient très réel.

Si on se projette dans cinq ans, où vois-tu ta startup ?

J’aimerais qu’on soit présents dans toutes les provinces canadiennes ainsi qu’aux États-Unis, et peut-être en train de préparer un lancement en Europe.

C'est quoi la prochaine grande étape pour se rapprocher de cette vision ?

La conclusion de notre essai clinique va être extrêmement importante pour démontrer l’efficacité du dispositif, mais aussi son impact médico-économique.

En parallèle, on lance notre programme d’essais à domicile. On a environ 500 personnes sur notre liste d’attente et une vingtaine participeront à une première phase avec des adoptants précoces. On commence également nos premières ventes dans des résidences pour personnes âgées.

De quoi as-tu le plus besoin aujourd’hui ?

De financement, bien sûr. On vient de compléter la première tranche de notre ronde d’investissement et une deuxième va ouvrir prochainement.

Mais le meilleur argent reste celui des clients. On a donc aussi besoin d’aller chercher davantage de clients, de comprendre leur milieu et de continuer à peaufiner notre produit selon leurs besoins.

Si tu pouvais rencontrer une personne qui changerait la donne ?

Des entreprises qui travaillent dans le domaine du vieillissement, mais aussi des directeurs de RPA, de CHSLD ou d’hôpitaux qui souhaitent faire évoluer les méthodes actuelles vers davantage de prévention et qui seraient ouverts à introduire un dispositif comme le nôtre.

Est-ce que tu te sers de tes grands-parents comme modèles pour développer le produit ?

Oui ! Ma grand-mère de 102 ans comprend vaguement ce qu’on fait. Mon autre grand-mère me soutient à 100 %, mais elle est aussi très critique envers nos produits !

Quand je lui apporte des vêtements ou des prototypes, elle ne se gêne pas pour me dire ce qu’elle pense. Ce n’est pas toujours agréable à entendre, mais c’est constructif.

J’ai même invité ses amies de Scrabble pour faire des journées d’essayage et recueillir leurs commentaires.

Tu ne peux pas développer une solution pour une clientèle sans lui parler. Et pas seulement à une ou dix personnes : il faut en rencontrer beaucoup, dans des contextes différents.

Quel type de retours te donnent les utilisateurs sur le produit ?

Souvent, ce n’est pas du tout ce que tu anticipes. Tu peux travailler trois semaines sur un détail que personne ne remarque, alors qu’un élément aussi simple que la couleur peut devenir déterminant.

Ça te force à comprendre ce qui compte réellement pour le client et à faire abstraction de tes propres biais de concepteur.

Derrière l'entrepreneur

Avec le recul, c’est quoi ta plus grande fierté aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je dirais mon parcours d’apprentissage et la personne que je suis devenue. Je pense avoir développé beaucoup plus d’empathie envers les gens qui m’entourent.

Mais ma véritable fierté sera d’avoir un impact concret avec notre produit. Si notre essai clinique démontre qu’on peut prévenir des blessures graves et réduire les hospitalisations liées aux chutes, là, ça aura un vrai impact.

Et à l’inverse, qu’est-ce qui a été le plus exigeant ?

La responsabilité. J’ai vécu des moments où je savais que, si je ne faisais pas une nuit blanche pour livrer le produit le lendemain, personne d’autre ne le ferait.

Il y a aussi le stress financier et la responsabilité envers les employés, les partenaires, les fournisseurs et les clients. Mentalement, ça peut peser lourd.

Est-ce qu’il y a une phrase ou un mantra qui te guide ?

Ma grand-mère me dit toujours : « Une journée à la fois. »

Il y aura toujours une quantité infinie de travail. Il faut être capable de terminer une journée en se disant : aujourd’hui, j’ai fait ce que je pouvais. Hier était hier, demain sera demain. Aujourd’hui, c’est ce que je contrôle.

Dans ton parcours, est-ce qu’il y a une personne qui a vraiment fait la différence pour toi ?

Il y en a beaucoup plus qu’une. Probablement une vingtaine de personnes ont influencé mon parcours d’une manière ou d’une autre.

Je pense que l’important, c’est de s’entourer de personnes chez qui tu vois des qualités que tu aimerais développer : des gens qui vont te challenger, mais aussi des personnes capables de simplement t’écouter.

Est-ce qu’il y a une rencontre ou une synergie à Ax.c qui a eu un impact concret ?

Oui. Il y a beaucoup de startups à Ax.c et on échange énormément de conseils et de contacts.

Dans mon couloir, il y a notamment Josephine Care, qui travaille aussi dans le domaine du vieillissement. J’ai développé une belle relation avec son fondateur. Nos produits sont très complémentaires et nous évoluons dans la même industrie, donc c’est un voisin très pertinent stratégiquement.

Pour finir : qu’est-ce qui te motive à te lever le matin ?

La motivation n’est pas linéaire. Elle va et vient.

Ce qui me ramène toujours, c’est la possibilité d’avoir un impact positif dans la vie des gens. Je suis privilégié de pouvoir utiliser mes compétences pour développer un produit qui, je l’espère, va réellement changer des vies.

Mais il y a aussi des moments où tu te demandes si tu t’acharnes, si ça va réellement fonctionner. Personne ne peut répondre à ces questions pour toi. Il faut apprendre à avancer avec cette incertitude.

Pour finir, est-ce qu’il y a un message que tu aimerais passer aux personnes qui nous lisent ?

L’entrepreneuriat m’a fait réaliser à quel point la connexion humaine a de la valeur. S’il y avait un message que j’aimerais transmettre, ce serait de ne jamais l’oublier.

On entre dans une époque où il y a de plus en plus d’intermédiaires numériques entre les personnes. Il faut continuer à valoriser les échanges humains. Pour moi, c’est aussi ça, la beauté de l’entrepreneuriat et de faire des affaires : créer de belles connexions humaines.

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