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Portrait d'un entrepreneur : François Daoust

À 33 ans, François Daoust est cofondateur et directeur technologique de Reveal Life Science, une entreprise medtech qui développe des solutions de guidage chirurgical assistées par l’intelligence artificielle. Son objectif : aider les chirurgiens à mieux détecter les tissus cancéreux pendant les opérations, notamment dans le traitement du cancer du cerveau.

Entre parcours académique, entrepreneuriat, armée, défis sportifs et ambition internationale, il revient sur son aventure entrepreneuriale, les apprentissages qui l’ont marqué et la vision qui guide aujourd’hui son entreprise.

🎙️ Revenons un peu en arrière : c’était quoi ton parcours avant de te lancer ?

J’ai fait un baccalauréat en génie physique à Polytechnique Montréal. C’est pendant mon baccalauréat que je suis tombé en amour avec ce que je fais aujourd’hui. J’ai eu l’occasion de faire un stage en medtech et en biotechnologies un peu par hasard, puis ça a mené à une maîtrise avec mon professeur Frédéric Leblond.

J’aimais tellement ça que j’ai ensuite poursuivi au doctorat. Pendant tout ce temps-là, j’avais en tête que j’aimerais partir une entreprise un jour, sans nécessairement avoir un produit précis en tête. C’est vraiment pendant la pandémie que tout s’est débloqué.

En parallèle, j’ai aussi été fantassin dans la réserve de l’Armée canadienne. J’y suis entré à 16 ans et j’ai longtemps hésité entre une carrière militaire à temps plein et les études universitaires avant de finalement poursuivre jusqu’au doctorat.

Est-ce que tu as toujours su que tu voulais entreprendre ?

J’ai toujours eu la curiosité et la volonté de relever des défis. C’est ce qui m’a permis de mettre un pied dans l’entrepreneuriat.

Je pense aussi que j’étais un peu naïf au départ parce que je croyais que ce serait moins difficile que ça l’est réellement. Mais en même temps, ça m’a donné la piqûre. Je me suis rendu compte que oui, c’était difficile, mais que ça valait le coup.

Depuis, c’est un apprentissage continu.

Est-ce que tu es passé par un incubateur ? Qu'est-ce que ça t'as apporté ?

Oui. J’ai participé à plusieurs programmes, notamment ceux de John Molson, au Centech ainsi qu’au programme Propulsion.

Pour moi, ça a représenté une incroyable opportunité d’apprentissage. L’entrepreneuriat est un parcours où la montagne est très haute et où les chances de succès ne sont pas toujours élevées. Ces programmes permettent de commencer à comprendre ce monde-là, de bâtir un réseau et d’accélérer énormément les apprentissages.

Quand je regarde mon propre parcours, je pense sincèrement que j’aurais eu plusieurs années de retard sans ces programmes.

Et si tu devais donner un conseil à un entrepreneur ?

Si tu penses que l’entrepreneuriat pourrait t’intéresser, prends la décision de l’essayer tout de suite.

Au pire, tu découvriras que ce n’est pas pour toi et tu pourras avancer sans regret. Au mieux, tu découvriras que c’est exactement ce que tu veux faire.

Même quand les choses ne fonctionnent pas comme prévu, tous les apprentissages que tu accumules pendant le parcours restent avec toi pour le reste de ta vie. Il y a donc énormément à gagner à essayer.

À quel moment ton idée est devenue tangible ?

Lorsque je faisais ma maîtrise et mon doctorat, il existait déjà une entreprise qui utilisait une technologie similaire à celle sur laquelle je travaillais. On voyait déjà des applications concrètes auprès des patients.

Puis, pendant la pandémie, nous avons réalisé nos preuves de concept et déposé un brevet. Ça commençait à devenir très concret.

Le moment qui a vraiment marqué un tournant, c’est lorsque nous avons acquis les actifs technologiques de cette autre entreprise. Du jour au lendemain, nous avons réuni des technologies complémentaires qui ont donné une toute nouvelle dimension à notre projet.

C’est probablement à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé ce que l’entreprise pouvait devenir.

Si on se projette dans cinq ans, où vois-tu Reveal Life Science ?

Dans cinq ans, je vois Reveal Life Science avec plusieurs produits sur le marché, déployés à l’international.

Je vois notre technologie de guidage chirurgical utilisée comme standard de soins dans certains contextes, avec les approbations réglementaires obtenues auprès de la FDA, de Santé Canada et en Europe.

Je vois aussi notre technologie appliquée à d’autres domaines comme la robotique chirurgicale, les biopsies guidées et le diagnostic précoce du cancer à partir de biofluides.

De quoi as-tu le plus besoin aujourd’hui ?

Présentement, c’est le financement.

Nous avons l’équipe, le plan et la motivation. Une fois le financement complété, il va débloquer l’ensemble des prochaines étapes.

Si tu pouvais rencontrer une personne qui changerait la donne ?

Notre investisseur principal.

Nous avons déjà plusieurs personnes qui souhaitent participer à la ronde de financement, mais nous recherchons le chef de file qui partagera notre vision et mènera cette prochaine étape.

Avec le recul, c’est quoi ta plus grande fierté aujourd’hui ?

D’être encore là.

L’entrepreneuriat n’est pas toujours rose. Il y a des hauts et des bas. Ma plus grande fierté, c’est simplement d’être encore là, à continuer de pousser et de travailler sur quelque chose qui peut réellement aider des gens.

Et à l’inverse, qu’est-ce qui a été le plus exigeant ?

Un des plus gros défis a été de démarrer l’entreprise tout en terminant mon doctorat et en travaillant simultanément sur l’acquisition d’actifs stratégiques. Beaucoup de choses importantes se sont déroulées en même temps.

L’autre grand défi a été le passage du monde académique à l’entrepreneuriat. En recherche, on passe des années à devenir spécialiste d’un sujet très précis. Comme entrepreneur, il faut comprendre un peu de tout : finances, ressources humaines, stratégie, réglementation et bien plus encore.

Est-ce qu’il y a une phrase ou un mantra qui te guide ?

Je me rappelle qu’à chaque journée qui passe, j’avance.

J’ai toujours aimé les défis d’endurance. J’ai participé à des marathons, au Canadaman et à de longues expéditions à vélo. Dans ce type de projet, chaque journée d’effort te rapproche de ton objectif.

Je vois l’entrepreneuriat de la même façon.

Dans ton parcours, est-ce qu’il y a une personne qui a vraiment fait la différence pour toi ?

Absolument : Frédéric Leblond.

C’est mon cofondateur aujourd’hui, mais c’était aussi mon directeur de maîtrise et de doctorat. Quand je suis arrivé dans son laboratoire, je cherchais un environnement qui pouvait accueillir mon côté entrepreneurial.

Plus je lui demandais des opportunités d’apprentissage, plus il m’en donnait. Ça a été un mentor exceptionnel et ça continue d’être quelqu’un avec qui j’ai énormément de plaisir à travailler.

Si tu devais expliquer ce que tu fais à ta grand-mère ?

Je lui dirais simplement que j’aide les cliniciens à offrir de meilleurs soins aux patients.

Et si elle voulait en savoir davantage, je lui montrerais comment nos technologies assistent les chirurgiens pendant les opérations et leur permettent de détecter des tissus cancéreux qu’ils auraient parfois pu manquer autrement.

Est-ce qu’il y a une rencontre ou une synergie à Ax.c qui a eu un impact concret ?

Il y en a eu plusieurs.

J’y ai rencontré des investisseurs, des entrepreneurs, d’anciens mentors et des membres de l’écosystème avec qui j’ai pu échanger sur des défis très concrets.

Aujourd’hui, Ax.c est surtout devenu un point de rassemblement important pour notre équipe. C’est un endroit où nous aimons travailler et où de nombreuses connexions se créent naturellement.

Pour finir : qu’est-ce qui te motive à te lever le matin ?

Le fait qu’on ait entre les mains quelque chose de vraiment tangible qui peut aider des gens. Tant que cette possibilité existe, ça donne une excellente raison de se lever chaque matin.

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