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Portrait d'un entrepreneur : Alexandre Clarizio

Dans l'industrie pharmaceutique, certaines entreprises développent de nouveaux médicaments. D'autres s'attaquent à un défi tout aussi crucial : s'assurer que ces médicaments soient disponibles lorsqu'on en a besoin.

Avec Kaster Technologies, Alexandre Clarizio met son expertise en génie industriel et en optimisation au service d'un enjeu qui touche les systèmes de santé partout dans le monde : les pénuries de médicaments.

Sa startup développe une plateforme qui aide les fabricants pharmaceutiques à optimiser leur production afin de rendre la chaîne d'approvisionnement plus efficace.

Dans cette entrevue, il revient sur son parcours, de ses premières expériences en ingénierie jusqu'à la création de Kaster Technologies, partage les apprentissages qui ont marqué son aventure entrepreneuriale et explique ce qui le motive, chaque jour, à bâtir une entreprise capable d'avoir un impact concret sur l'accès aux médicaments.

Faisons les présentations

Je m'appelle Alexandre, mais mes amis m'appellent plutôt "Clari" comme mon nom est Clarizio. J'ai fondé ma startup Kaster parce que je voulais résoudre le problème des pénuries de médicaments. Enfant, je voulais être astronaute et j'étais fan de Star Wars. Mon plat préféré est les orecchiette aux rapinis et si on se croise un dimanche, je serais probablement en train de jardiner ou de construire quelque chose à mon chalet.

Parcours entrepreneurial

🎙️ Revenons un peu en arrière : c’était quoi ton parcours avant de te lancer ?

Je suis diplômé en génie industriel. J'ai commencé ma carrière chez Pelican, où je travaillais sur les opérations manufacturières. C'est là que j'ai réalisé que ce qui me passionnait vraiment, l'optimisation et les algorithmes.

J'ai ensuite rejoint Urgences-santé, où je participais à un projet visant à optimiser l'ensemble du service préhospitalier de Montréal et Laval.

J'ai alors entrepris une maîtrise à Polytechnique, avec l'objectif clair de créer une startup. Au même moment, les pénuries de médicaments ont touché ma famille. J'ai commencé à discuter avec plusieurs entreprises pharmaceutiques afin de comprendre leurs enjeux et l'une des plus importantes au Canada m'a ouvert ses portes pour mener mon projet de recherche avec elle.

C'est là que Kaster Technologies est réellement né.

Avant cela, j'avais déjà lancé deux autres projets entrepreneuriaux. Ils ont été rapidement invalidés, mais ils m'ont permis d'apprendre énormément. Kaster Technologies est la troisième entreprise que j'ai créée, et la première à réellement prendre son envol.

Est-ce que tu as toujours su que tu voulais entreprendre ?

Oui. Mes parents sont entrepreneurs et, à la maison, les discussions tournaient très souvent autour des affaires. C'était naturel pour moi de grandir dans cet environnement.

Mon père est d'origine italienne et, dans sa famille, l'idée d'être son propre patron faisait partie de la culture. On m'a toujours encouragé à suivre mes passions et à bâtir quelque chose qui m'appartienne.

Quand est-ce que tu t'es dit : "Je suis prêt, je me lance" ?

Je ne pense pas qu'on soit un jour complètement prêt. À un moment, il faut simplement faire un saut dans le vide.

Mon premier projet entrepreneurial est né alors que je travaillais encore chez Urgences-santé. Je développais cette idée les soirs et les fins de semaine, tout en participant à un incubateur. Cette première expérience m'a permis de comprendre ce qu'était réellement une startup technologique et m'a donné les bases nécessaires pour continuer à valider des idées jusqu'à trouver la bonne.

Ça vient d'où le nom Kaster Technologies ?

À l'origine, mon premier projet évoluait dans l'industrie du jeu vidéo. Le nom venait du mot anglais "caster", comme un magicien qui lance des sorts.

Lorsque j'ai changé complètement d'industrie, j'ai conservé le nom.

Aujourd'hui, il prend un nouveau sens : notre technologie aide à rendre la chaîne d'approvisionnement des médicaments plus résiliente, un peu comme un plâtre (cast) aide un os à guérir. Le nom a évolué avec l'entreprise, tout en gardant une cohérence.

Est-ce que tu es passée par un incubateur ? Qu'est-ce que ça t'a apporté ?

Mon premier incubateur a été DataPreneur, qui m'a donné les bases pour comprendre la proposition de valeur, le modèle d'affaires et la structure d'une startup.

J'ai ensuite intégré Centech qui a été une étape déterminante pour moi. Ça m'a appris à valider des idées plus rapidement, à créer les bonnes connexions et ça m'a aussi apporté une belle crédibilité au Québec.

Plus récemment, j'ai participé au Creative Destruction Lab. Cette expérience nous a permis d'être accompagnés par des mentors exceptionnels, de rencontrer nos investisseurs en capital de risque de Toronto et de conclure un partenariat stratégique avec OPTEL, qui croit fortement en notre technologie.

Quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné ?

Valide ton idée avant de construire quoi que ce soit. C'est un conseil que j'applique encore aujourd'hui.

Et si tu devais donner un conseil à un entrepreneur ?

Je donnerais exactement le même.

Je vois beaucoup d'entrepreneurs se lancer immédiatement dans le développement du produit sans prendre le temps de comprendre le véritable problème qu'ils veulent résoudre. Valider une idée en amont permet d'économiser énormément de temps, d'argent et d'énergie.

Construire Kaster Technologies

À quel moment ton idée est devenue tangible ?

Il y a eu deux moments importants.

Le premier, c'est lorsque j'ai dessiné les premiers modèles mathématiques sur papier. C'est là que je me suis dit : « Voilà le point de départ. »

Le second a été la signature de notre premier gros contrat avec notre partenaire de recherche, qui est ensuite devenu un partenaire commercial.

Si on se projette dans cinq ans, où vois-tu ta startup ?

Je vois Kaster Technologies déployée à l'international.

Notre ambition est de devenir une référence mondiale dans notre domaine. L'Inde représente notamment un marché stratégique pour nous, puisqu'il s'agit de l'un des plus grands producteurs de médicaments génériques au monde.

Notre objectif est d'être reconnu comme la meilleure solution pour rendre la chaîne d'approvisionnement pharmaceutique plus performante et plus résiliente.

De quoi as-tu le plus besoin aujourd’hui ?

Nous sommes à un moment charnière.

Notre plateforme avance bien, notre équipe est solide et notre culture d'entreprise est bien établie. Le principal défi aujourd'hui est le temps, car les cycles de vente dans l'industrie pharmaceutique sont particulièrement longs.

À mesure que les déploiements vont accélérer, nous aurons besoin de nouvelles ressources et probablement de capital pour soutenir cette croissance.

Si tu pouvais rencontrer une personne qui changerait la donne ?

J'aimerais rencontrer des dirigeants qui ont déjà construit des entreprises technologiques d'envergure mondiale.

Des personnes comme Matt Mochary, qui accompagne de nombreux PDG, ou encore des leaders ayant fait grandir une entreprise technologique jusqu'à l'échelle internationale. Comprendre leur parcours et leur façon de gérer la croissance serait extrêmement précieux.

Derrière l'entrepreneur

Avec le recul, c’est quoi ta plus grande fierté aujourd’hui ?

Ma plus grande fierté, c'est de voir mon équipe évoluer ensemble et s'approprier pleinement ce qu'elle construit.

Aujourd'hui, chacun est propriétaire de son domaine et livre un travail d'une qualité bien supérieure à ce que je pourrais faire seul.

L'autre grande satisfaction, c'est d'entendre nos clients présenter eux-mêmes notre solution dans des conférences et expliquer l'impact qu'elle a eu sur leur façon de travailler. C'est là qu'on réalise que ce qu'on construit crée une vraie valeur.

Et toi, personnellement, de quoi es-tu le plus fier ?

Je suis fier d'avoir fait le saut.

Au départ, j'ai longtemps hésité avant de me lancer. Je me faisais mille scénarios dans ma tête. Avec le recul, je suis fier d'avoir pris cette décision et surtout d'avoir continué.

Comme tous les entrepreneurs, il y a des moments où je me dis que j'aurais pu choisir une voie plus simple. Mais je continue de me lever chaque matin avec la même motivation. Cette persévérance, c'est probablement ce dont je suis le plus fier.

Et à l’inverse, qu’est-ce qui a été le plus exigeant ?

Je me fixe des attentes très élevées envers moi-même.

J'ai toujours envie d'en faire plus et j'ai parfois de la difficulté à accepter les moments où il faut simplement attendre. Entre deux rencontres, lorsqu'il n'y a rien d'urgent à faire, mon cerveau me dit constamment que je devrais être en train de travailler sur autre chose.

Avec le temps, j'ai compris que ce rythme pouvait mener à l'épuisement si on ne faisait pas attention. C'est pourquoi je trouve essentiel d'être bien entouré, autant par sa famille que par sa communauté ou des professionnels.

Est-ce qu’il y a une phrase ou un mantra qui te guide ?

Oui : Believe.

C'est un mot qui revient souvent dans les discussions avec ma conjointe lorsqu'il y a des périodes plus difficiles. Je me répète simplement de continuer à croire au projet et de ne pas abandonner.

Je pense souvent à la série Ted Lasso et à son fameux panneau « Believe ». C'est une image qui me revient régulièrement et qui m'aide à continuer.

Dans ton parcours, est-ce qu’il y a une personne qui a vraiment fait la différence pour toi ?

Ça commence avec mes parents, ma conjointe et mes enfants.

Professionnellement, Louis-Martin Rousseau, qui était mon directeur de recherche, a joué un rôle déterminant. Il a été l'un des premiers à croire au projet. Après ma maîtrise, il m'a demandé de combien j'avais besoin pour démarrer et il est devenu notre premier investisseur externe.

Ce sont ces premiers « believers » qui font souvent toute la différence.

Est-ce qu’il y a une rencontre ou une synergie à Ax.c qui a eu un impact concret ?

Plus qu'une rencontre en particulier, c'est la communauté qui fait la différence.

Le fait d'être entouré quotidiennement d'autres fondateurs permet d'échanger facilement, de partager des expériences et d'apprendre les uns des autres. Cette proximité est difficile à retrouver ailleurs.

J'ai aussi développé une belle relation avec Sleiman (Josephine Care) et Elisabeth (BetaLab). Nous nous connaissons depuis le Centech et nous continuons à échanger régulièrement. Ces discussions sont toujours enrichissantes.

Pour finir : qu’est-ce qui te motive à te lever le matin ?

Mon équipe. Et le problème que nous essayons de résoudre.

C'est ce qui me donne envie de continuer chaque jour.

Un dernier mot ?

Si cette entrevue peut donner envie à quelqu'un de se lancer en entrepreneuriat, j'en serais très heureux.

J'aime partager mon expérience avec les personnes qui souhaitent démarrer une entreprise. J'interviens régulièrement auprès d'étudiants à Concordia et à Polytechnique, et je suis toujours disponible sur LinkedIn pour répondre à des questions, partager des conseils ou simplement échanger sur les défis du quotidien d'un entrepreneur.

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