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Portrait d'un entrepreneur : Alexis Maslyczyk

Pour certains entrepreneurs, tout commence par une idée. Pour d’autres, c’est une passion qui les accompagne depuis très longtemps et qui, au fil des expériences, finit par devenir un projet très concret.

C’est le cas d’Alexis Maslyczyk, cofondateur et CEO de H4 Lab. Ingénieur en électronique de formation, il a fait de son intérêt pour la robotique le fil conducteur de son parcours, de la France à Montréal, en passant par un centre de recherche en robotique humanoïde aux États-Unis.

Avec H4 Lab, il développe, aux côtés de ses deux cofondateurs, des modules électroniques destinés à être intégrés dans des robots humanoïdes et mobiles. Une expertise qui répond aux besoins d'une industrie en pleine évolution, où les technologies se développent rapidement.

Dans cette entrevue, Alexis revient sur les étapes qui l’ont mené à l’entrepreneuriat, les défis de la croissance dans un secteur aussi compétitif que la robotique, l’importance de s’entourer des bonnes personnes et ce qui le motive, chaque jour, à faire avancer ses propres idées.

Faisons les présentations

Je m’appelle Alexis, mais mes amis m’appellent plutôt Alec. J’ai fondé ma startup H4 Lab parce que je voulais travailler sur mes propres idées. Enfant, je voulais être architecte et j’étais fan de robots. Mon plat préféré est les lasagnes et, si on se croise un dimanche, je serai probablement en train de en train de jouer au tennis.

Parcours entrepreneurial

🎙️ Revenons un peu en arrière : c’était quoi ton parcours avant de te lancer ?

J’ai fait mes études d’ingénieur en électronique en France. Dès le départ, je savais que je ne voulais pas y rester. J’avais déjà beaucoup voyagé et je voulais continuer à découvrir le monde après mon diplôme.

J’ai eu l’opportunité de faire un double diplôme et de venir à Montréal en 2014 pour une maîtrise de recherche en robotique. Je travaillais sur le développement de capteurs tactiles pour des pinces robotiques. L’idée, c’était de donner aux robots une forme de sens du toucher, pour qu’ils puissent manipuler des objets et détecter ce qu’ils tiennent.

J’ai terminé ma maîtrise en 2017, puis j’ai commencé à travailler dans l’industrie, notamment dans l’automobile, au moment où les véhicules électriques prenaient de l’ampleur.

Pendant la COVID, j’ai eu envie de changement. J’en avais assez de passer mes journées devant des fichiers Excel. J’ai vu une opportunité dans un centre de recherche en robotique humanoïde aux États-Unis. J’ai postulé et, après quelques mois sans réponse, tout s’est enchaîné très vite : un entretien, une offre d’emploi et un départ pour la Floride.

J’y suis resté trois ans et j’ai énormément appris. C’est aussi là que j’ai commencé à identifier des besoins dans le marché. La robotique humanoïde était encore un domaine relativement nouveau et il manquait beaucoup de produits électroniques adaptés à ces systèmes.

Quand je suis revenu à Montréal, j’avais déjà plusieurs idées en tête. Avec mes deux cofondateurs, Chandra et Jean-Baptiste, nous avions incorporé H4 en 2018, sans encore savoir exactement ce que nous allions en faire.

J’ai commencé à travailler comme fournisseur pour mon ancien employeur, puis nous avons progressivement développé nos propres produits. Avec l’essor de la robotique humanoïde, la demande a augmenté, l’équipe s’est agrandie et H4 a commencé à prendre de l’ampleur.

Est-ce que tu as toujours su que tu voulais entreprendre ?

Je pense que oui.

J’ai rencontré Chandra, l’un de mes cofondateurs, quand nous étions à l’IUT en France, juste après le lycée. On travaillait déjà sur des robots dans des clubs étudiants et on parlait de créer une entreprise ensemble un jour. C’était il y a plus de 15 ans ! Nos chemins se sont ensuite séparés. Je suis venu à Montréal, puis Chandra m’a rejoint pour faire son doctorat. On s’est retrouvés ici et on a finalement créé notre entreprise.

Donc oui, je pense que depuis le début, c’était un peu le plan. Et je suis content de voir qu’aujourd’hui, ça continue.

Quand est-ce que tu t'es dit : "Je suis prêt, je me lance" ?

Je ne pense pas qu’il y ait eu un seul grand déclic. Je vois plutôt l’entrepreneuriat comme un marathon, avec plein de petites étapes. Mais il y a quand même eu un moment marquant...

On avait développé un design électronique et, sans être vraiment sûrs de nous, on a décidé de le publier sur GitHub pour montrer notre savoir-faire. Et là, quelqu’un nous a demandé s’il pouvait l’acheter !

On a retiré le design de GitHub, on l’a fait fabriquer et c’est devenu notre premier produit vendu. Ça nous a fait réaliser que ce qu’on développait était pertinent, qu’il y avait un véritable besoin et que des gens étaient prêts à payer pour nos solutions. C’est là qu’on s’est dit : pourquoi ne pas voir jusqu’où on peut aller ?

Je pense aussi que mon expérience dans l’industrie a beaucoup joué. J’avais eu l’occasion de comprendre le marché, de voir les problèmes et d’identifier ce qui manquait. Ça nous a ouvert des portes.

Ça vient d'où le nom H4 Lab ?

Au départ, on travaillait sur une idée de pince magnétique. En électronique, le champ magnétique est notamment représenté par la lettre H.

On cherchait un nom et un logo. À un moment, on a simplement retourné la lettre H et ça ressemblait à un 4. C’est comme ça qu’on est arrivés à H4, même si on est trois cofondateurs !

On voulait aussi quelque chose de simple, qui se prononce facilement en anglais.

Est-ce que tu es passé par un incubateur ?

Oui, on a participé au programme d’accélération du Centech quand je suis revenu à Montréal. Mais à ce moment-là, on commençait déjà à avoir nos premiers clients et une certaine traction. On connaissait bien notre marché et on avait une vision assez claire de ce qu’on voulait faire.

C’était donc difficile pour nous de passer du temps en formation alors qu’on avait déjà des produits à développer et à vendre. On a finalement décidé d’arrêter le programme pour consacrer notre temps à faire avancer l’entreprise.

Et si tu devais donner un conseil à un entrepreneur ?

Trouve quelqu’un qui partage ta vision et tes centres d’intérêt, et sur qui tu peux vraiment compter.

L’entrepreneuriat, c’est beaucoup de hauts et de bas. Avoir un cofondateur avec qui partager les responsabilités, le stress et la charge mentale, ça change énormément de choses.

Ça permet de continuer à avancer, même dans les moments plus difficiles. J’aurais beaucoup de mal à imaginer réussir tout seul.

Construire H4 Lab

Si on se projette dans cinq ans, où vois-tu ta startup ?

On a démarré sans financement externe, avec nos propres moyens, et jusqu’à présent, ça fonctionne bien. Mais dans notre industrie, tout va extrêmement vite. Il faut être capable d’innover, de développer de nouvelles technologies et de proposer régulièrement de nouveaux produits.

Aujourd’hui, on voit qu’on est capables d’augmenter notre chiffre d’affaires et de recruter de nouvelles personnes. Mais je me demande parfois si on ne pourrait pas aller encore plus vite.

Dans cinq ans, j’aimerais qu’on ait doublé, voire triplé la taille de notre équipe.

C'est quoi la prochaine grande étape pour se rapprocher de cette vision ?

Ce serait d’aller chercher davantage de capital.

On envisage sérieusement une levée de fonds pour accélérer notre développement et être capables d'avancer plus rapidement.

Si tu pouvais rencontrer une personne qui changerait la donne ?

Je pense que chaque entrepreneur a un parcours et une vision tellement uniques qu’il n’existe pas une personne capable de te donner la recette du succès. Mais ce qui pourrait vraiment changer la donne pour nous, ce serait de rencontrer un grand fabricant de robots qui déciderait d’intégrer nos produits dans les siens.

Si on pense grand, quelqu’un comme Brett Adcock, le CEO de Figure, par exemple. Ce serait une occasion de collaborer directement avec un acteur majeur de notre industrie.

Depuis que tu es à Ax.c, est-ce qu’il y a une rencontre qui t’a particulièrement marqué ?

Il n’y a pas une rencontre en particulier, mais plutôt une accumulation de très bonnes discussions. Quand on est arrivés à Ax.c, on n’avait aucune attente. On voulait simplement un local bien situé, accessible en métro et pratique pour toute l’équipe. Finalement, on a découvert beaucoup plus que ça.

On a rencontré des personnes qui nous ont aidés à avancer, notamment sur les questions de subventions, de financement et de développement de l’entreprise.

On échange maintenant régulièrement avec des organisations comme Québec Tech, Investissement Québec ou encore le PARI CNRC.

Le fait de pouvoir rencontrer directement les bonnes personnes, plutôt que de simplement envoyer des courriels, fait une vraie différence.

Est-ce qu’il y a une histoire vécue à Ax.c que tu aimes particulièrement raconter ?

Oui, il y en a une qui me fait beaucoup rire. Un jour, Jean-Baptiste, notre troisième cofondateur, était seul au bureau en train de travailler.

Richard Chenier (Québec Tech) est arrivé avec un visiteur pour lui faire découvrir notre espace. Jean-Baptiste ne savait absolument pas qui c’était.

Il a donc commencé à lui expliquer à quel point on était sceptiques au départ et que notre but premier était uniquement de trouver un local pour notre activité, mais qu’au final, on était vraiment contents de tout ce que l’espace nous apportait. Sauf que ce visiteur était un ancien ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon, qui avait justement contribué au financement du projet !

C’est assez drôle parce que, quand tu ne sais pas à qui tu parles, tu es parfois beaucoup plus transparent que tu ne l'aurais été si tu avais su à qui tu t'adressais. Je pense que notre honnêteté lui a fait plaisir. En tout cas, c’est une anecdote qu’on aime bien raconter dans l’équipe.

Derrière l'entrepreneur

Avec le recul, c’est quoi ta plus grande fierté aujourd’hui ?

Aujourd’hui, on travaille notamment avec des personnes qu’on connaissait déjà pendant nos études, quand certains faisaient leur baccalauréat, leur maîtrise ou leur doctorat. Pouvoir leur dire : « Vous voulez venir travailler avec nous ? », et construire quelque chose ensemble, je trouve ça vraiment gratifiant.

Voir l’équipe grandir, créer des emplois et travailler avec des gens qu’on apprécie, c’est probablement ma plus grande fierté.

Et à l’inverse, qu’est-ce qui a été le plus exigeant ?

Je dirais que c’est d’apprendre à être réaliste sur ce qu’on peut accomplir. On a un nombre d’heures limité dans une semaine, mais j’ai toujours envie d’en faire plus.

Ça fait deux ans qu’on travaille énormément et c’est parfois difficile de prendre du temps pour souffler. Parfois on a peur de manquer quelque chose, de ne pas avancer assez vite. J’ai envie qu’on soit les premiers à développer certaines technologies, avant que quelqu’un d’autre le fasse.

Peut-être que j’ai plus de temps que je ne le pense, mais j’ai toujours envie d’aller plus vite !

Est-ce qu’il y a une phrase ou un mantra qui te guide ?

Je ne suis pas quelqu’un de très spirituel. Je suis plutôt terre à terre. Sur mon Instagram, j’ai une phrase qui dit : « Au-dessus de moi, c’est le soleil. » C’est un peu ma façon de voir les choses.

Je sais que demain, la Terre continuera de tourner. Si quelque chose ne fonctionne pas ou qu’un client n’est pas content, c’est comme ça. Je ne me prends pas trop la tête. J’essaie simplement de continuer à avancer et de rester positif.

Dans ton parcours, est-ce qu’il y a une personne qui a vraiment fait la différence pour toi ?

Je dirais Chandra, mon cofondateur. C’est quelqu’un en qui j’ai une confiance totale. Je sais que si j’ai besoin de lui, il sera là. Si demain il faut l’envoyer aux États-Unis pour régler un problème chez un client, je sais qu’il sera prêt à le faire. Et l’inverse est vrai aussi.

Avoir cette relation de confiance, c’est extrêmement précieux. Ça me permet de dormir tranquille le soir, parce que je sais que le travail sera fait et qu’on peut compter l’un sur l’autre.

Quand tu expliques ce que tu fais à tes grands-parents, ça donne quoi ?

Mes grands-parents pensent que je fabrique des robots pour la NASA ! Dès qu’ils voient un robot sur la Lune, ils me disent : « Ah, j’ai vu ton robot ! »

J’essaie de leur expliquer que ce n’est pas exactement ce que je fais, mais ce n’est pas évident de leur faire comprendre les détails techniques. Alors parfois, je leur dis simplement : « Oui, c’est le mien ! »

Ça me fait beaucoup rire de voir les associations qu’ils font avec mon métier.

Pour finir : qu’est-ce qui te motive à te lever le matin ?

C’est de pouvoir travailler sur mes propres idées. Quand je travaillais dans l’industrie, j’avais parfois l’impression d’être un ingénieur parmi tant d’autres. Que je fasse mon travail très bien ou simplement correctement, ça ne changeait pas grand-chose.

Aujourd’hui, quand je me lève le matin, je sais que je vais pouvoir travailler sur ma vision et développer quelque chose qui m’appartient. C’est probablement ce que je trouve le plus beau dans l’entrepreneuriat.

Bien sûr, il y a des journées plus difficiles. Il y a aussi toute la partie administrative dont je me passerais volontiers ! Mais il y a énormément de plaisir dans ce qu’on fait. Parfois, je n’ai même pas l’impression de travailler.

Même le week-end, quand je suis chez moi, je continue à penser à nos projets, simplement parce que j’ai envie de les faire avancer.

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