🎙️ Revenons un peu en arrière : c’était quoi ton parcours avant de te lancer ?
J’ai fait mes études d’ingénieur en électronique en France. Dès le départ, je savais que je ne voulais pas y rester. J’avais déjà beaucoup voyagé et je voulais continuer à découvrir le monde après mon diplôme.
J’ai eu l’opportunité de faire un double diplôme et de venir à Montréal en 2014 pour une maîtrise de recherche en robotique. Je travaillais sur le développement de capteurs tactiles pour des pinces robotiques. L’idée, c’était de donner aux robots une forme de sens du toucher, pour qu’ils puissent manipuler des objets et détecter ce qu’ils tiennent.
J’ai terminé ma maîtrise en 2017, puis j’ai commencé à travailler dans l’industrie, notamment dans l’automobile, au moment où les véhicules électriques prenaient de l’ampleur.
Pendant la COVID, j’ai eu envie de changement. J’en avais assez de passer mes journées devant des fichiers Excel. J’ai vu une opportunité dans un centre de recherche en robotique humanoïde aux États-Unis. J’ai postulé et, après quelques mois sans réponse, tout s’est enchaîné très vite : un entretien, une offre d’emploi et un départ pour la Floride.
J’y suis resté trois ans et j’ai énormément appris. C’est aussi là que j’ai commencé à identifier des besoins dans le marché. La robotique humanoïde était encore un domaine relativement nouveau et il manquait beaucoup de produits électroniques adaptés à ces systèmes.
Quand je suis revenu à Montréal, j’avais déjà plusieurs idées en tête. Avec mes deux cofondateurs, Chandra et Jean-Baptiste, nous avions incorporé H4 en 2018, sans encore savoir exactement ce que nous allions en faire.
J’ai commencé à travailler comme fournisseur pour mon ancien employeur, puis nous avons progressivement développé nos propres produits. Avec l’essor de la robotique humanoïde, la demande a augmenté, l’équipe s’est agrandie et H4 a commencé à prendre de l’ampleur.
Est-ce que tu as toujours su que tu voulais entreprendre ?
Je pense que oui.
J’ai rencontré Chandra, l’un de mes cofondateurs, quand nous étions à l’IUT en France, juste après le lycée. On travaillait déjà sur des robots dans des clubs étudiants et on parlait de créer une entreprise ensemble un jour. C’était il y a plus de 15 ans ! Nos chemins se sont ensuite séparés. Je suis venu à Montréal, puis Chandra m’a rejoint pour faire son doctorat. On s’est retrouvés ici et on a finalement créé notre entreprise.
Donc oui, je pense que depuis le début, c’était un peu le plan. Et je suis content de voir qu’aujourd’hui, ça continue.
Quand est-ce que tu t'es dit : "Je suis prêt, je me lance" ?
Je ne pense pas qu’il y ait eu un seul grand déclic. Je vois plutôt l’entrepreneuriat comme un marathon, avec plein de petites étapes. Mais il y a quand même eu un moment marquant...
On avait développé un design électronique et, sans être vraiment sûrs de nous, on a décidé de le publier sur GitHub pour montrer notre savoir-faire. Et là, quelqu’un nous a demandé s’il pouvait l’acheter !
On a retiré le design de GitHub, on l’a fait fabriquer et c’est devenu notre premier produit vendu. Ça nous a fait réaliser que ce qu’on développait était pertinent, qu’il y avait un véritable besoin et que des gens étaient prêts à payer pour nos solutions. C’est là qu’on s’est dit : pourquoi ne pas voir jusqu’où on peut aller ?
Je pense aussi que mon expérience dans l’industrie a beaucoup joué. J’avais eu l’occasion de comprendre le marché, de voir les problèmes et d’identifier ce qui manquait. Ça nous a ouvert des portes.
Ça vient d'où le nom H4 Lab ?
Au départ, on travaillait sur une idée de pince magnétique. En électronique, le champ magnétique est notamment représenté par la lettre H.
On cherchait un nom et un logo. À un moment, on a simplement retourné la lettre H et ça ressemblait à un 4. C’est comme ça qu’on est arrivés à H4, même si on est trois cofondateurs !
On voulait aussi quelque chose de simple, qui se prononce facilement en anglais.
Est-ce que tu es passé par un incubateur ?
Oui, on a participé au programme d’accélération du Centech quand je suis revenu à Montréal. Mais à ce moment-là, on commençait déjà à avoir nos premiers clients et une certaine traction. On connaissait bien notre marché et on avait une vision assez claire de ce qu’on voulait faire.
C’était donc difficile pour nous de passer du temps en formation alors qu’on avait déjà des produits à développer et à vendre. On a finalement décidé d’arrêter le programme pour consacrer notre temps à faire avancer l’entreprise.
Et si tu devais donner un conseil à un entrepreneur ?
Trouve quelqu’un qui partage ta vision et tes centres d’intérêt, et sur qui tu peux vraiment compter.
L’entrepreneuriat, c’est beaucoup de hauts et de bas. Avoir un cofondateur avec qui partager les responsabilités, le stress et la charge mentale, ça change énormément de choses.
Ça permet de continuer à avancer, même dans les moments plus difficiles. J’aurais beaucoup de mal à imaginer réussir tout seul.